logo

Moment poétique avec Victor HUGO

Demain, dès l’aube


 
Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
 
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au-dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
 
Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur
 
Victor HUGO





Ce siècle avait deux ans


 
Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte,
Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte,
Et du premier consul, déjà, par maint endroit,
Le front de l’empereur brisait le masque étroit.
Alors dans Besançon, vieille ville espagnole,
Jeté comme la graine au gré de l’air qui vole,
Naquit d’un sang breton et lorrain à la fois
Un enfant sans couleur, sans regard et sans voix ;
Si débile qu’il fut, ainsi qu’une chimère,
Abandonné de tous, excepté de sa mère,
Et que son cou ployé comme un frêle roseau
Fit faire en même temps sa bière et son berceau.
Cet enfant que la vie effaçait de son livre,
Et qui n’avait pas même un lendemain à vivre,
C’est moi. -

Je vous dirai peut-être quelque jour
Quel lait pur, que de soins, que de voeux, que d’amour,
Prodigués pour ma vie en naissant condamnée,
M’ont fait deux fois l’enfant de ma mère obstinée,
Ange qui sur trois fils attachés à ses pas
Épandait son amour et ne mesurait pas !
Ô l’amour d’une mère ! amour que nul n’oublie !
Pain merveilleux qu’un dieu partage et multiplie !
Table toujours servie au paternel foyer !
Chacun en a sa part et tous l’ont tout entier !

Je pourrai dire un jour, lorsque la nuit douteuse
Fera parler les soirs ma vieillesse conteuse,
Comment ce haut destin de gloire et de terreur
Qui remuait le monde aux pas de l’empereur,
Dans son souffle orageux m’emportant sans défense,
A tous les vents de l’air fit flotter mon enfance.
Car, lorsque l’aquilon bat ses flots palpitants,
L’océan convulsif tourmente en même temps
Le navire à trois ponts qui tonne avec l’orage,
Et la feuille échappée aux arbres du rivage !

Maintenant, jeune encore et souvent éprouvé,
J’ai plus d’un souvenir profondément gravé,
Et l’on peut distinguer bien des choses passées
Dans ces plis de mon front que creusent mes pensées.
Certes, plus d’un vieillard sans flamme et sans cheveux,
Tombé de lassitude au bout de tous ses voeux,
Pâlirait s’il voyait, comme un gouffre dans l’onde,
Mon âme où ma pensée habite, comme un monde,
Tout ce que j’ai souffert, tout ce que j’ai tenté,
Tout ce qui m’a menti comme un fruit avorté,
Mon plus beau temps passé sans espoir qu’il renaisse,
Les amours, les travaux, les deuils de ma jeunesse,
Et quoiqu’encore à l’âge où l’avenir sourit,
Le livre de mon coeur à toute page écrit !

Si parfois de mon sein s’envolent mes pensées,
Mes chansons par le monde en lambeaux dispersées ;
S’il me plaît de cacher l’amour et la douleur
Dans le coin d’un roman ironique et railleur ;
Si j’ébranle la scène avec ma fantaisie,
Si j’entre-choque aux yeux d’une foule choisie
D’autres hommes comme eux, vivant tous à la fois
De mon souffle et parlant au peuple avec ma voix ;
Si ma tête, fournaise où mon esprit s’allume,
Jette le vers d’airain qui bouillonne et qui fume
Dans le rythme profond, moule mystérieux
D’où sort la strophe ouvrant ses ailes dans les cieux ;
C’est que l’amour, la tombe, et la gloire, et la vie,
L’onde qui fuit, par l’onde incessamment suivie,
Tout souffle, tout rayon, ou propice ou fatal,
Fait reluire et vibrer mon âme de cristal,
Mon âme aux mille voix, que le Dieu que j’adore
Mit au centre de tout comme un écho sonore !



D’ailleurs j’ai purement passé les jours mauvais,
Et je sais d’où je viens, si j’ignore où je vais.
L’orage des partis avec son vent de flamme
Sans en altérer l’onde a remué mon âme.
Rien d’immonde en mon coeur, pas de limon impur
Qui n’attendît qu’un vent pour en troubler l’azur !

Après avoir chanté, j’écoute et je contemple,
A l’empereur tombé dressant dans l’ombre un temple,
Aimant la liberté pour ses fruits, pour ses fleurs,
Le trône pour son droit, le roi pour ses malheurs ;
Fidèle enfin au sang qu’ont versé dans ma veine
Mon père vieux soldat, ma mère vendéenne !
 

Victor HUGO

Oceano nox


 
Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l’aveugle océan à jamais enfouis !

Combien de patrons morts avec leurs équipages !
L’ouragan de leur vie a pris toutes les pages
Et d’un souffle il a tout dispersé sur les flots !
Nul ne saura leur fin dans l’abîme plongée.
Chaque vague en passant d’un butin s’est chargée ;
L’une a saisi l’esquif, l’autre les matelots !

Nul ne sait votre sort, pauvres têtes perdues !
Vous roulez à travers les sombres étendues,
Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus.
Oh ! que de vieux parents, qui n’avaient plus qu’un rêve,
Sont morts en attendant tous les jours sur la grève
Ceux qui ne sont pas revenus !

On s’entretient de vous parfois dans les veillées.
Maint joyeux cercle, assis sur des ancres rouillées,
Mêle encor quelque temps vos noms d’ombre couverts
Aux rires, aux refrains, aux récits d’aventures,
Aux baisers qu’on dérobe à vos belles futures,
Tandis que vous dormez dans les goémons verts !

On demande : - Où sont-ils ? sont-ils rois dans quelque île ?
Nous ont-ils délaissés pour un bord plus fertile ? -
Puis votre souvenir même est enseveli.
Le corps se perd dans l’eau, le nom dans la mémoire.
Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire,
Sur le sombre océan jette le sombre oubli.

Bientôt des yeux de tous votre ombre est disparue.
L’un n’a-t-il pas sa barque et l’autre sa charrue ?
Seules, durant ces nuits où l’orage est vainqueur,
Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre,
Parlent encor de vous en remuant la cendre
De leur foyer et de leur coeur !

Et quand la tombe enfin a fermé leur paupière,
Rien ne sait plus vos noms, pas même une humble pierre
Dans l’étroit cimetière où l’écho nous répond,
Pas même un saule vert qui s’effeuille à l’automne,
Pas même la chanson naïve et monotone
Que chante un mendiant à l’angle d’un vieux pont !

Où sont-ils, les marins sombrés dans les nuits noires ?
O flots, que vous savez de lugubres histoires !
Flots profonds redoutés des mères à genoux !
Vous vous les racontez en montant les marées,
Et c’est ce qui vous fait ces voix désespérées
Que vous avez le soir quand vous venez vers nous!


Victor HUGO

9 juillet 2008 - Aucun commentaire
Classé dans : Poésie Tags: , ,

Révisons pour l’été


Je vous propose quelques révisions de l’imparfait du subjonctif,


Allez !!! On a pas peur:


Comment traduire  :
Certes vous pourriez le faire, mais pour que je le reçoive, il aurait fallu le concevoir !

!

!


Bon je vois que vous avez du mal !!! Alors révisions après la réponse:

Réponse: 
Certes vous le pûtes, mais pour que je le reçusse, encore eut-il fallu que vous le conçussiez !


Bon alors ….  révisions des classiques:


J’eusse aimé qu’il y eût des choses qui valussent qu’on leur sacrifiât le plaisir.
Jean ROSTAND

Te souviens-tu, mon Lou, de ce panier d’oranges
Douces comme l’amour qu’en ce temps là nous fîmes,
Tu me les envoyas un jour à Nîmes
Et je n’osais manger ces beaux fruits d’or des anges.
G. APOLLINAIRE


Le verbe aimer est le plus difficile à conjuguer. Son présent n’est qu’indicatif, son passé n’est jamais simple, son futur est toujours au conditionnel.
Jean COCTEAU.



Bon ! On continue:

Oui, dès l’instant que je vous vis,
Sachez de moi que vous me plûtes.
De l’amour qu’à vos yeux je pris,
Sur-le-champ vous vous aperçûtes.
Mais de quel air froid vous reçûtes
Tous les soins que je vous rendis.
Combien de soupirs je perdis !

De quelle cruauté vous fûtes
Et quel profond dédain vous eûtes
Pour les vœux que je vous appris !
En vain je priais, je gémis ;
Dans cette dureté vous sûtes
Mépriser tout ce que je fis !
Ah ! fallait-il que je vous visse,
Fallait-il que vous me plussiez,
Qu’ingénument je vous le disse,
Qu’avec orgueil je vous aîmasse,
Que vous me désespérassiez
Qu’en vain je m’opiniâtrasse
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m’assassinassiez.

Bon ! Ensuite:


Tout d’abord vous m’idolâtrâtes
Puis ensuite vous me trompâtes.
Je n’aurais pas cru que vous le puissiez,
Ni que, mon rival, vous l’aimassiez.
Il fallait que je vous l’écrivisse
Et que tous les jours je vous visse
Pour que vous me le répétassiez.
Vous ne m’aimiez plus ; il fallait que j’eusse
Assez de force pour que je puisse
Prendre mon cœur sans que vous le retinssiez
Pour ne pas que vous l’abîmassiez
Combien de cruauté vous eûtes !
Que de noirs projets vous conçûtes
Pour que vous m’ensorcelassiez
Et que vous me poignardassiez.


Et à la fin :


Fallait-il, madame, que j’en vinsse
Qu’à vos fers vous me retinssiez,
Que, quelques temps, je m’abstinsse
Et plus épris je devinsse
Sans que compte vous m’en tinssiez.
Fallait-il que je me complusse
A jurer sans que vous me crussiez
Et que trop tard je m’aperçusse
Qu’il fallût qu’alors que je mourusse
Sans qu’aucun gré vous m’en eussiez.



L’humour pour finir :



                                    Guerre au verglas

             Pour qu’aux gels d’hiver les sols point ne verglaçassent,
             Il suffirait qu’en temps voulu l’on les salasse.
            On éviterait ainsi que, sans risque de glace,
            Sur les chaussées les voitures ne dérapassent,
            Les piétons à ne pas glisser s’évertuassent
            Et sur les trottoirs leurs membres ne se pétassent.




Allez !!!    Souffrance terminée !!!


Bon   surf !



Votre serviteur


Régis-Alain   Parfait



PS : Vous vous annonçâtes, vous vîntes, nous conversâmes et, sur l’oreiller, nous nous plûmes.


7 juillet 2008 - Aucun commentaire
Classé dans : littérature Tags: , , ,